inanalysis

RÉFLEXION FAITE

Au

commencement des molécules se reconnaissent et s'unissent en s'opposant entre elles. Une seule ne peut prétendre être vivante; la présence contradictoire de l'Autre est nécessaire. La vie naît de cette rencontre et de cet affrontement. Elle établit un lien fondé sur la confrontation entre des entités singulières. On pourrait presque dire qu'elle est un phénomène religieux, en donnant au mot son étymologie latine (religare).

Jean-Didier Vincent, neurobiologiste.

It

is hoped that [these essays] may serve as a bond between students of ethnology, philology, folklore and of the allied sciences, and psychoanalysts; they cannot, however, supply both groups the entire requisites for such co-operation. (...) Both groups will have to content themselves with whatever attention they can stimulate here and there and with the hope that frequent meetings between them will not remain unproductive for science.

S. Freud, Preface to Totem and Taboo (1919).

Il

en va de la démarche que conduit le psychanalyste comme de toute démarche de connaissance rationnelle: elle se situe à l'intersection de théories et de techniques pour construire ce qu'on peut désigner comme des faits psychanalytiques.

Roger Perron, La raison psychanalytique, 2010, p. 66.

Ne

urons that fire together wire together.

Donald Hebb, neuropsychologue.

No

tre meilleur espoir pour l’avenir, c’est que l’intellect – l’esprit scientifique, la raison – parvienne de haute lutte, avec le temps, à la dictature dans la vie d’âme humaine. L’essence de la raison est garant qu’elle ne manquera pas alors d’accorder aux motions de sentiment humaines et à ce qui est déterminé par elle la place qui leur revient. Mais la contrainte commune d’une telle domination de la raison s’avérera entre le lien unificateur le plus fort entre les hommes et fraiera la voie à de nouvelles unifications. »

S. Freud (1933), Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse, Oeuvres complètes, p. 256.

Ce

serait pourtant une grave erreur d’aller supposer que l’analyse vise ou cautionne une conception purement psychologique des troubles de l’âme. Elle ne saurait méconnaître que l’autre moitié du travail psychiatrique a pour contenu l’influence de facteurs organiques (mécaniques, toxiques, infectieux) sur l’appareil animique.

S. Freud (1913), L’intérêt que présente la psychanalyse, 1913, p. 109​. 

 

No

us tenterons plutôt d'œuvrer entre/avec/pour/contre la philosophie exsangue et la science folle: contre l'anémie de l'une et la pléthore de l'autre, contre leur clôture mutuelle et contre les carences ou mutilations qui en résultent.

Edgar Morin, La connaissance de la connaissance, 1986.

Il

faut que les sciences soient capables d'entretenir entre elles un dialogue critique qui ne consiste pas à disqualifier une autre discipline, mais à faire apparaître - et c'est dans l'intérêt de chacune des disciplines - les limites disciplinaires. C'est toujours la discipline voisine, en effet, qui peut attirer l'attention sur ce qu'il faut sacrifier comme intérêt pour être efficace sur plan heuristique et légitime sur le plan épistémologique. (...) L'espace auquel je pense est un espace dans lequel il ne s'agit pas de produire un avis, une expertise, mais dans lequel les disciplines, c'est-à-dire les intérêts cognitifs incarnés par des gens compétents, commencent à éprouver un plaisir lui-même cognitif ou heuristique à "se frotter les unes aux autres" sans que l'on sache à quelle question on va apporter des réponses. Cela vient plus tard. (...) Le milieu scientifique doit cultiver un degré d'autoréflexion des connaissances tel qu'il parvienne à formuler lui-même les questions ou à reformuler celles qui lui sont adressées.

Heinz Wismann, La science en jeu, 2010.

Au

-delà de leur antagonisme, ces deux voies radicales - rejet ou idolâtrie du sujet - sont diablement similaires dans la violence et la prétention naïve qu'elles partagent tout uniment. De l'homme unidimensionnel asubjectif à l'homme unidimensionnel hypersubjectif, ces deux voies me semblent sans issue. Le rejet pur et simple du sujet comporte quelque chose de vain, de pitoyable et de ridicule, puisque ce combat est mené... par un sujet qui ne peut échapper à sa condition subjective. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il veuille, quoi qu'il désire. Contrition masochiste et aveugle. (Ces deux voies) correspondent davantage à deux directions cardinales sur notre boussole existentielle, deux repères qui nous servent à déterminer à chaque instant la position que nous occupons, quelque part entre le rejet et le culte de la subjectivité.

Lionel Naccache, neurologue.
 

Ce

la intéresse-t-il alors le psychanalyste de savoir ce qui se produit au-delà du plan de la subjectivité, dans le fonctionnement de l’esprit? Est-il intéressant de connaître l’objectivité? J’entends une explication objective en termes psychophysiologiques et qui soit toutefois utile au psychanalyste comme le fut celle de Freud. Une telle explication sur le versant de l’objectivité peut se faire dans les termes d’une théorie effectivement psychophysiologique, c’est-à-dire qui intègre ce que la clinique observe et se décrit du point de vue psychologique avec ce que nous savons de la physiologie, dans ce cas neurale.

Antonio Imbasciati, psychanalyste.

 

Co

mme si la mystérieuse chimie des passions pouvait se réduire à quelques ingrédients distillés dans l’hypothalamus. La vie, les passions animales, une affaire de molécules, bien sûr, mais celles-ci ne sont jamais au singulier: tout le vivant réside dans les relations qui les unissent, supportées par des forces qui sont celles de la physico-chimie mais qui créent et entretiennent des formes qui n’appartiennent qu’au vivant et sont, à leur tour, génératrices de forces. L’esprit n’est pas dans les formes, mais dans les rapports existant entre celles-ci; le cerveau de l’homme en est la plus belle manifestation.

Jean-Didier Vincent, neurobiologiste.

Je

sais calculer le mouvement des corps pesants mais pas la folie des foules.

Isaac Newton

 

La

conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, non pas une création du besoin.

Gaston Bachelard.

 

To

ut discrédit sur la parole est donc un discrédit sur le vivant. Il ne faut pas diffamer la parole et l’accuser d’être à l’origine du malheur des hommes: elle est l’instrument du mensonge, mais celui-ci possède une fonction vitale au même titre que la certitude. C’est en ce sens de participation à la vie, et seulement en ce sens, que la parole est diabolique.

Jean-Didier Vincent, neurobiologiste.

 

(…)

the level of neural activity in this resting state is substantial and therefore functionally important, with changes produced by task demands representing just the ‘tip of the iceberg’. (…) Determining the contribution of intrinsic activity to behavior is challenging but, in our view, should be a major neuroscientific objective.

M.E. Raichle & A.Z.Snyder (2007).

 

Co

mme si la mystérieuse chimie des passions pouvait se réduire à quelques ingrédients distillés dans l’hypothalamus. La vie, les passions animales, une affaire de molécules, bien sûr, mais celles-ci ne sont jamais au singulier: tout le vivant réside dans les relations qui les unissent, supportées par des forces qui sont celles de la physico-chimie mais qui créent et entretiennent des formes qui n’appartiennent qu’au vivant et sont, à leur tour, génératrices de forces. L’esprit n’est pas dans les formes, mais dans les rapports existant entre celles-ci; le cerveau de l’homme en est la plus belle manifestation.

Jean-Didier Vincent, Biologie des passions.

 

(…)

j’avance l’idée que la faculté de raisonnement dépend de plusieurs systèmes de neurones oeuvrant de concert à de nombreux niveaux de l’organisation cérébrale, et non pas d’un seul centre cérébral. Du cortex préfrontal à l’hypothalamus et au tronc cérébral, de nombreux centres cérébraux, de haut niveau aussi bien que de bas niveau, concourent au fonctionnement de la faculté de raisonnement.

Les niveau inférieurs de l’organisation neurale sous-tendant cette dernière sont les mêmes que ceux qui contrôlent les processus émotionnels et les fonctions corporelles nécessaires à la survie de l’organisme. De leur côté, ces niveaux inférieurs sont également en contact direct avec pratiquement tous les organes du corps, inscrivant ainsi ce dernier directement au sein de la série des processus qui sous-tendent l’exercice de la raison et du jugement, même à leurs plus hauts degrés, et, par extension, la mise en oeuvre des comportements sociaux et de la créativité. (…) Cela nous permet de nous orienter par rapport à nos dispositions internes, et nous aide à communiquer aux autres des indices qui peuvent aussi les aiguiller dans leur interaction avec nous. Et les perceptions d’émotions ne sont ni fugitives ni insaisissables. Contrairement à l’opinion traditionnelle, je pense qu’elles ont une valeur cognitive, tout autant que les autres percepts. (p 10-13).

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes.

Il

serait absurde d'en conclure qu'il n'y a point de différence entre science et mythologie, entre une mensuration et une rêverie. Mais inversement, à vouloir dévaloriser radicalement, sous prétexte de dépassement théorique, d'antiques intuitions, on en vient, insensiblement mais inévitablement, à ne plus pouvoir comprendre comment une humanité stupide serait un beau jour devenue intelligente (p. 80).

Georges Canguilhem, La connaissance de la vie, 1952.

To

ute expérience est un acte créatif et souvent délicat à réaliser; elle n'est souvent imaginée et réussie que par quelques personnes et requiert, pour réussir, une habileté pratique encore non codifiée, des tours de main que leurs auteurs sont souvent bien en peine de pouvoir expliciter. 

Dominique Pestre, De la reproduction des expériences dans les sciences physiques Épistémologie, pratiques de laboratoire et représentations.

Le

s humains voulaient trouver le remède aux tourments de leur cœur; réconcilier les contradictions générées par la souffrance, la peur, la colère et la poursuite du bien-être. Ils se sont donc mis en quête de source d’émerveillement et de sensations fortes. Ils ont découvert la musique, la danse, la peinture et la littérature. Ils ont poursuivi leurs efforts en élaborant les tumultueuses épopées que sont les croyances religieuses, les questionnements philosophiques, la gouvernance politique – et bien d’autres inventions encore. C’est ainsi que notre esprit créateur de culture s’est perpétuellement adapté à la dramaturgie humaine, de la naissance jusqu’à la mort.

Antonio Damasio, L'Ordre étrange des choses

Ce

rtains comportements peuvent sembler être déterminés par des règles alors qu’ils ne le sont pas: si la logique semble commander, en fait ou en droit, le raisonnement, il se pourrait donc qu’il n’en soit rien (ni en fait ni en droit).

Daniel Andler, Logique, raisonnement et psychologie (1995).

Re

jeter le naturalisme comme attitude, propre à susciter des programmes de recherche dont il faudrait être aveugle pour ne pas percevoir l’intelligence, l’audace, l’ingéniosité, et dont les fruits modifient et parfois bouleversent notre compréhension des choses humaines et ouvrent la voie à des interventions salvatrices, c’est faire preuve d’irresponsabilité intellectuelle. Même là où il se heurte à des difficultés, conceptuelles ou empiriques, le naturalisme nous fait progresser (p. 95).

Daniel Andler, La silhouette de l'humain. Quelle place pour le naturalisme dans le monde d'aujourd'hui? (2016).

L'é

volution de la vie sur Terre est un "job" réalisé à plusieurs. Cette évolution collective permet, d'une reproduction à l'autre, d'échapper provisoirement à la mort, tout en distillant sur Terre son lot d'éclopés et de particules complémentaires. (...) L'Homo sapiens, lui aussi, est une entité entrelacée, qui appartient à un réseau qui le dépasse et l'influence.

Eric Bapteste, Tous entrelacés (4e de couverture), 2018.

« L

’acquisition de nouveaux partenaires symbiotiques (...) peut introduire des gènes complètement neufs dans la lignée d’holobionte ».

Eric Bapteste, Tous entrelacés, 2018.

Consolider le positionnement de la psychanalyse au croisement des sciences.​ Promouvoir la triangulation théorique. Promouvoir l'évaluation et la preuve propres aux champs scientifiques. Promouvoir la conjonction des approches qualitatives et quantitatives.​ Veiller à ce que la clinique reste notre principal ancrage. Développer une perspective critique afin d'éviter le dogmatisme et la dissonance cognitive.​ Saisir la bi-directionnalité des interactions et des effets entre le monde contemporain et l'inconscient individuel.​ Être une revue [in]disciplinée.