inanalysis

ARGUMENT

In analysis, revue transdisciplinaire de psychanalyse et sciences, est l'organe d'expression de l'Association In Analysis (fondée à Genève en 2016 par Liviu Poenaru et Raphaël Minjard). Le premier objectif de la revue est de réunir des chercheurs et des cliniciens de différentes disciplines scientifiques (sciences humaines et sociales, sciences expérimentales) autour d'une démarche commune: explorer l'inconscient du sujet grâce au dialogue interdisciplinaire et à l'esprit critique. Le second objectif est de favoriser le plurilinguisme théorique et la jonction de l'analyse qualitative et quantitative.

Tout en souhaitant maintenir la spécificité des disciplines et des objets de recherche, In Analysis tente de démontrer, dans une perspective foncièrement épistémologique, la perméabilité des frontières épistémiques et la nécessité des traductions conceptuelles pour une meilleure connaissance des profondeurs de l'esprit humain.


In Analysis publie trois fois par an, en français et en anglais, des articles originaux (soumis à une lecture anonyme en double aveugle), ainsi que des essais, des entretiens, des actes, des commentaires, des analyses de livres et des présentations de thèses et mémoires de recherche susceptibles de nourrir la réflexion théorico-clinique, critique et philosophique visant l'ancrage scientifique de la psychanalyse; la revue s'adresse aux chercheurs et à tous les acteurs du soin en santé physique et psychique à la recherche d'une connaissance transdisciplinaire des logiques inconscientes de l'individu et de leur traitement.

A l’heure de découvertes multiples et passionnantes se rapportant aux profondeurs de la dialectique corps-esprit comme à leur indissociabilité, il est plus qu’indispensable d’aborder la question du sujet selon une perspective transdisciplinaire. Notre position sera essentiellement translationnelle en favorisant le lien et le passage de connaissances entre la recherche fondamentale et celle issue de la clinique de diverses spécialités.

L'étude de cas - méthode privilégiée dans l'approche psychanalytique - est utilisée couramment dans les sciences humaines et sociales. Pour ces raisons, avant d'affirmer notre ouverture pour les méthodes mixtes de recherche et avant d'alimenter le débat philosophique et épistémologique sur la scientificité de la psychanalyse en la confrontant aux sciences expérimentales, nous défendons son affiliation aux sciences humaines et sociales.

 

Toute connaissance est issue d'un modèle explicatif forcément réduit, contextuel et évolutif. L'appréhension de l'objet ne fait alors que gagner en profondeur et en force explicative par le croisement des regards, sans que pour autant les perspectives d'étude se confondent. En ce sens, il est évident que les disciplines doivent maintenir leurs spécificités. La psychanalyse détient sa propre méthode d'approche de phénomènes particuliers de l'humain qui ne sont pas la préoccupation d'autres champs d'étude; or ces phénomènes s'inscrivent également dans les autres domaines du vivant qui ont, de notre point de vue, leur traduction métapsychologique dans l'inconscient humain. In Analysis part à la recherche de points de rencontre permettant la compréhension de ces traductions au sein d'une pluralité de connaissances, en invitant à une expérience de pensée épistémologique au-delà des limites méthodologiques provisoirement posées par toute discipline.

 

Il est important de distinguer, dans cette démarche, le dispositif clinique du dispositif de recherche. L'approche clinique psychanalytique suppose la rencontre intersubjective, une écoute particulière et des positionnements qui favorisent l'émergence des traces profondes du sujet; elle autorise la récolte de données cliniques. L'approche psychanalytique à visée de recherche est constituée, dans un deuxième temps, d'une méthode d'investigation différente, essentiellement théorique et dont la finalité est la communication avec des tiers, l'avancement de la recherche, le remaniement théorique, l'efficacité des interventions, l'enseignement de traits généraux, etc. Cette deuxième perspective, d'essence scientifique (à condition de définir ses objectifs, son cadre théorique, les aspects étudiés, la logique de l'examen des données, les implications pour la recherche et ses applications, les limites de la démarche, etc.), est nécessairement réductrice par les isolements conceptuels qu'elle opère.

 

Le cadre psychanalytique a permis, tout au long de son histoire, l’approche de l’inconscient du sujet à travers la parole comme véhicule de l’intime du corps et de l’esprit ; cet intime se révèle difficilement dans un cadre scientifique expérimental qui doit restreindre le nombre de variables en jeu pour en saisir la portée. Le réductionnisme des sciences n'a qu'une seule détermination: la saisie expérimentale d'éléments d'une dynamique vivante fortement diversifiée, si nous considérons la biodiversité, et dont les sciences rendent compte au sein de modèles forcément réduits. En revanche, les psychanalystes, en laissant libre cours à l’associativité du sujet qui n'est rien d'autre que l'héritage de la diversité et de la variabilité du vivant, s’exposent à un grand nombre de variables et c’est la raison pour laquelle la scientificité de la psychanalyse a été constamment remise en question. Pour ces raisons nous distinguons le travail en séance, avec le patient, in vivo, immergé dans une multitude de variables, et le travail dit scientifique, de recherche, qui concerne aussi les psychanalystes. A cette fin, ces derniers sont contraints de réduire leurs variables afin d'en saisir la logique; mais cette contrainte représente un des angles morts de la compréhension de la démarche psychanalytique en cela que beaucoup d'analystes refusent l'idée de réduction (même phénoménologique et descriptive) et beaucoup de scientifiques rejettent la perspective de recherche inhérente à la approche psychanalytique. L'on observe ainsi un mauvais positionnement de la psychanalyse en tant que science humaine et sociale.

 

Nous sommes d’avis que la philosophie des sciences peut contribuer à la délimitation du cadre dans lequel se déploie le travail avec le sujet et qu’elle doit être incluse dans la réflexion psychanalytique puisque le sujet lui-même possède un socle biologique ayant ses propres lois. Qu’il s’agisse de neurosciences, de biologie, de génétique ou de psychanalyse, la démarche vise la connaissance de l’humain et de son esprit ; ce point de vue rend obligatoire, selon nous, la jonction des plusieurs perspectives et de leurs apports, aussi différents soient-ils.


 

Liviu Poenaru & Raphaël Minjard - fondateurs de la revue

Consolider le positionnement de la psychanalyse au croisement des sciences.​ Promouvoir la triangulation théorique. Promouvoir l'évaluation et la preuve propres aux champs scientifiques. Promouvoir la conjonction des approches qualitatives et quantitatives.​ Veiller à ce que la clinique reste notre principal ancrage. Développer une perspective critique afin d'éviter le dogmatisme et la dissonance cognitive.​ Saisir la bi-directionnalité des interactions et des effets entre le monde contemporain et l'inconscient individuel.​ Être une revue [in]disciplinée.