ARGUMENT

In analysis, revue transdisciplinaire de psychanalyse et sciences, est l'organe d'expression de l'Association In Analysis. Le premier objectif de la revue est de réunir des chercheurs et des cliniciens de différentes disciplines scientifiques (sciences humaines et sociales, sciences expérimentales) autour d'une démarche commune: explorer l'inconscient du sujet grâce au dialogue interdisciplinaire et à l'esprit critique. Le second objectif est de favoriser le plurilinguisme théorique et la jonction de l'analyse qualitative et quantitative.

Tout en souhaitant maintenir la spécificité des disciplines et des objets de recherche, In Analysis tente de démontrer, dans une perspective foncièrement épistémologique, la perméabilité des frontières épistémiques et la nécessité des traductions conceptuelles pour une meilleure connaissance des profondeurs de l'esprit humain.


In Analysis publie trois fois par an, en français et en anglais, des articles originaux, des essais, des entretiens, des actes, des commentaires (permettant d'alimenter nos débats), des analyses de livres et des présentations de thèses et mémoires de recherche susceptibles de nourrir la réflexion théorico-clinique et philosophique visant l'ancrage scientifique de la psychanalyse; la revue s'adresse aux chercheurs et à tous les acteurs du soin en santé physique et psychique à la recherche d'une connaissance transdisciplinaire des logiques inconscientes de l'individu et de leur traitement.

A l’heure de découvertes multiples et passionnantes se rapportant aux profondeurs de la dialectique corps-esprit comme à leur indissociabilité, il est plus qu’indispensable d’aborder la question du sujet selon une perspective transdisciplinaire. Notre position sera essentiellement translationnelle en favorisant le lien et le passage de connaissances entre la recherche fondamentale et celle issue de la clinique de diverses spécialités.

L'étude de cas - méthode privilégiée dans l'approche psychanalytique - est utilisée couramment dans les sciences humaines et sociales. Pour ces raisons, avant d'affirmer notre ouverture pour les méthodes mixtes de recherche et avant d'alimenter le débat philosophique et épistémologique sur la scientificité de la psychanalyse en la confrontant aux sciences expérimentales, nous défendons son affiliation aux sciences humaines et sociales.

 

Toute connaissance est issue d'un modèle explicatif forcément réduit, contextuel et évolutif. L'appréhension de l'objet ne fait alors que gagner en profondeur et en force explicative par le croisement des regards, sans que pour autant les perspectives d'étude se confondent. En ce sens, il est évident que les disciplines doivent maintenir leurs spécificités. La psychanalyse détient sa propre méthode d'approche de phénomènes particuliers de l'humain qui ne sont pas la préoccupation d'autres champs d'étude; or ces phénomènes s'inscrivent également dans les autres domaines du vivant qui ont, de notre point de vue, leur traduction métapsychologique dans l'inconscient humain. In Analysis part à la recherche de points de rencontre permettant la compréhension de ces traductions au sein d'une pluralité de connaissances, en invitant à une expérience de pensée épistémologique au-delà des limites méthodologiques provisoirement posées par toute discipline.

 

Il est important de distinguer, dans cette démarche, le dispositif clinique du dispositif de recherche. L'approche clinique psychanalytique suppose la rencontre intersubjective, une écoute particulière et des positionnements qui favorisent l'émergence des traces profondes du sujet; elle autorise la récolte de données cliniques. L'approche psychanalytique à visée de recherche est constituée, dans un deuxième temps, d'une méthode d'investigation différente, essentiellement théorique et dont la finalité est la communication avec des tiers, l'avancement de la recherche, le remaniement théorique, l'efficacité des interventions, l'enseignement de traits généraux, etc. Cette deuxième perspective, d'essence scientifique (à condition de définir ses objectifs, son cadre théorique, les aspects étudiés, la logique de l'examen des données, les implications pour la recherche et ses applications, les limites de la démarche, etc.), est nécessairement réductrice par les isolements conceptuels qu'elle opère.

 

Le cadre psychanalytique a permis, tout au long de son histoire, l’approche de l’inconscient du sujet à travers la parole comme véhicule de l’intime du corps et de l’esprit ; cet intime se révèle difficilement dans un cadre scientifique expérimental qui doit restreindre le nombre de variables en jeu pour en saisir la portée. Le réductionnisme des sciences n'a qu'une seule détermination: la saisie expérimentale d'éléments d'une dynamique vivante fortement diversifiée, si nous considérons la biodiversité, et dont les sciences rendent compte au sein de modèles forcément réduits. En revanche, les psychanalystes, en laissant libre cours à l’associativité du sujet qui n'est rien d'autre que l'héritage de la diversité et de la variabilité du vivant, s’exposent à un grand nombre de variables et c’est la raison pour laquelle la scientificité de la psychanalyse a été constamment remise en question. Pour ces raisons nous distinguons le travail en séance, avec le patient, in vivo, immergé dans une multitude de variables, et le travail dit scientifique, de recherche, qui concerne aussi les psychanalystes. A cette fin, ces derniers sont contraints de réduire leurs variables afin d'en saisir la logique; mais cette contrainte représente un des angles morts de la compréhension de la démarche psychanalytique en cela que beaucoup d'analystes refusent l'idée de réduction (même phénoménologique et descriptive) et beaucoup de scientifiques rejettent la perspective de recherche inhérente à la approche psychanalytique. L'on observe ainsi un mauvais positionnement de la psychanalyse en tant que science humaine et sociale.

 

Nous sommes d’avis que la philosophie des sciences peut contribuer à la délimitation du cadre dans lequel se déploie le travail avec le sujet et qu’elle doit être incluse dans la réflexion psychanalytique puisque le sujet lui-même possède un socle biologique ayant ses propres lois. Qu’il s’agisse de neurosciences, de biologie, de génétique ou de psychanalyse, la démarche vise la connaissance de l’humain et de son esprit ; ce point de vue rend obligatoire, selon nous, la jonction des plusieurs perspectives et de leurs apports, aussi différents soient-ils.


 

Liviu Poenaru & Raphaël Minjard - fondateurs de la revue

 

ARGUMENT

This project, conceived as a transdisciplinary laboratory of academic and editorial experimentation, aims to bring scholars and clinicians from different disciplines together around a common aim: explore the unconscious of the subject through interdisciplinary dialogue. In a time of multiple and exciting discoveries about the depths of the body-spirit dialectic and their indissociability, it is more than essential to approach the subject from a double perspective: both psychoanalytic and scientific. Our position will be essentially translational by fostering the link and the transfer of knowledge between fundamental research and research from the clinic of various specialties.

 

We defend above all the claim that every knowledge comes from an explanatory model, necessarily reduced, contextual and evolutionary. The object apprehension then gains in depth and in explanatory power by crossing points of view, without confusing the perpectives for that matter. In this sense, it is clear that disciplines must maintain their specificities. Psychoanalysis has its own method of approaching particular phenomena regarding the human which are not the preoccupation of other fields. These phenomena are also part of the other realms of life, which, from our point of view, have their metapsychological translation into the human unconscious. In Analysis is seeking meeting points allowing the understanding of these translations within a plurality of knowledge, inviting to an epistemological thought experiment beyond the methodological limits provisionally nominated by whatever discipline.

 

In this endeavour, it is important to distinguish the clinical setting from the research setting. The clinical approach of psychoanalysis implies an intersubjective encounter, a particular way of listening and a positioning favouring the emergence of repressed contents. This approach allows the collection of clinical data. In a second phase, a psychoanalytical research approach aims, by using different methods, to communicate with third parties in order to advance research, to produce a theoretical reconfiguration, to improve the effectiveness of interventions, to teach general features, etc. This second perspective is necessarily reductive because of the conceptual isolations it operates and is therefore similar to any scientific method.

 

Throughout history, the psychoanalytic framework enabled to approach the unconscious through speech as the vehicle of the body’s and the mind’s intimacies. This dimension is difficult to disclose in an experimental scientific framework which must restrict the number of variables involved in order to grasp its scope. The reductionism of the sciences has only one determination: the experimental capture of elements in a highly diversified living dynamic. On the other hand, psychoanalysts, by giving free rein to their patient’s associativity, which is nothing but the legacy of the diversity and variability of life, expose themselves and the knowledge to a large number of variables. This is why the scientificity of psychoanalysis has been constantly questioned. We therefore have to distinguish the work in session, with the patient, in vivo, immersed in a multitude of variables, from the work of scientific research, which also concerns psychoanalysts. In doing research, analysts are forced to reduce their variables in order to grasp their logic, even though it is implied by some that the unconscious has no logic. As long as many analysts refuse the idea of reduction and many scientists reject the field of knowledge opened by psychoanalysis, this constraint represents one of the blind spots of the understainding of the very core of psychoanalytical research.

 

The intersubjectivity inherent in the psychoanalytic framework has its limitations because it is confronted with personal history, by definition subjective and therefore opposed to objectification (consensual and probably debatable) which defines the sciences. In our view, the rigour and realism of the theoretical framework, in both perspectives, allow a limitation of associativity, which is certainly necessary as a source of knowledge but which presents the risk of a knowledge built only on individual fantasies. It is also because of the limitations presented by any approach generating a necessarily partial knowledge that it is essential to approach each exploration also from a transdisciplinary perspective.

 

We believe that science can contribute to the delimitation of the framework in which the working with the subject unfolds and that this epistemologically pervious border must be included in the psychoanalytic reflection since the subject itself possesses a biological basis with its own laws. Whether neuroscience, biology, genetics or psychoanalysis, it aims at the knowledge of the human and its mind. This point of view makes it mandatory to link several approaches and their contributions, however different they may be.

 

Many of our colleagues claim that the psychoanalytical unconscious is not the cognitive unconscious. We hardly understand how what appears unconscious from one perspective doesn’t appear equally unconscious in the another. Undoubtedly, the difference lies in the approach, and also in the specific phenomena which vary from one field to another. But would it not be useful to examine the explanatory mechanisms proposed by other researchers in order to grasp their scope in our own field.

 

Liviu Poenaru & Raphaël Minjard - founders.