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ENVELOPPES

3_2022

Articles attendus pour la mi-mai 2022

Consignes aux auteurs :

https://www.inanalysis.org/instructions-aux-auteurs

Soumission :

https://www.editorialmanager.com/inan

ARGUMENT

Qu’elles soient somatiques, intrapsychiques ou intersubjectives, individuelles, familiales, groupales, culturelles, institutionnelles, politiques, économiques ou environnementales, qu’elles soient sonores, tactiles, de douleur, de parole ou de silence, qu’elles soient contenantes, effractées, étouffantes ou transitionnelles, les enveloppes nous concernent toutes et tous. Nous ne pouvons pas ne pas être enveloppé(e)s. Si cela sonne comme une évidence, la notion d’enveloppe a pour autant peu été discutée à l’aune des apports des disciplines non psychanalytiques et reste bien souvent, dans bon nombres d’écrits, insuffisamment travaillée dans sa spécificité et souvent rabattue à travers d’autres concepts sans toujours les différencier ou les mettre en tension.

Dans la perspective psychanalytique, depuis les travaux d’Anzieu (1985) sur le moi-peau, cette notion s’est particulièrement développée, poursuivant sa double description, avec un versant externe de rencontre avec le monde et l’autre, et un versant interne de pare-excitations amenant Houzel (1987) à définir l’enveloppe psychique comme précisément le plan de démarcation entre le monde intérieur et celui extérieur. Par la suite, la notion s’est retrouvée indissociable de sa fonction de contenance assurée par un certain nombre de processus (Ciccone, 2001). La fonction-enveloppe opère une contenance [fonction de réceptacle et de maintien de ce qui est déposé (Kaës, 1976, 1979) qui se différencie et s’articule à la fonction-conteneur qui permet une transformation (Anzieu, 1986, 1990)]. Concept limite par essence, les enveloppes seraient, dans le meilleur des cas, interconnectées et emboitées et assureraient une fonction de différenciation, de frontières nourrissantes entre soi et l’extérieur, garantes des assises narcissiques et d’investissements objectaux. Elles semblent naître et se construire fondamentalement dans l’intersubjectivité, dans le lien à l’autre et à l’environnement (Mellier, 2012).

Pour autant, selon les caractéristiques des enveloppes, la qualité de leurs frontières, les particularités de leurs états et évolutions, ou encore les types de sollicitations exigées par l’environnement, elles ne portent pas et ne soutiennent pas les individus et les groupes de la même manière. Les aléas et les impasses de leur constitution se révèlent et s’expriment dans tout un ensemble de modalités d’investissements narcissiques et objectaux s’étendant des variations souffrantes du « normal » aux pôles pathologiques du fonctionnement psychique en lien avec les enveloppes environnementales (qu’elles soient institutionnelles, politiques, économiques ou culturelles).

Référées, en psychanalyse, à un modèle théorique de pensée (Anzieu et ses continuateurs), les notions d’enveloppe et de fonction contenante ne cessent de se déployer, que ce soit dans le champ d’origine ou dans d’autres disciplines avec lesquelles la psychanalyse dialogue. De ce point de vue, ces notions sont classiquement repérées dans leur dimension intra et intersubjective voire trans-subjective (Ciccone, 1998) ou plurisubjective (Kaës, 2013), et s’étudient autant selon un angle théorique (Anzieu, Guillaumin, Houzel, Lecourt, et coll., 2021) que pratique dans les cliniques de l’accompagnement du nourrisson (Golse et Guerra, 2019 et Golse et Missonnier 2021), des addictions, des traumatismes, mais aussi les cliniques des institutions, du social contemporain, du politique, etc.

Sur le plan somatique, ces notions renvoient à certaines fonctions corporelles exercées, par exemple, par la peau (Anzieu, 1985), ou par la gaine de myéline qui enveloppe les fibres nerveuses tout en participant à la fois de l’isolation et de la bonne conduction de l’influx nerveux (Zalc et Rosier, 2016) ou encore par les diverses cavités anatomiques (vessie, vésicule biliaire, utérus, …), ou les séreuses (péritoine, péricarde, plèvre) qui se présentent comme diverses couches. On peut également penser, à la suite des travaux de Streri (1991 et avec Hatwell et co. en 2000), que des défauts peuvent apparaître au niveau des enveloppes psychiques précoces si l’environnement et les compétences transmodales et intersubjectives des adultes qui s’occupent du nourrisson ne permettent pas l’articulation des différents flux sensoriels nécessaires à l’appréhension du monde extérieur. Ces éléments vont bien au-delà des fonctions contenantes de l’environnement classiquement définis et imposent d’interroger à nouveau cette notion, à l’aune d’autres disciplines et connaissances.

 Sur le plan groupal et institutionnel, la notion d’enveloppe et ses fonctions peuvent être interrogées en rapport à notre société contemporaine. De l’étanchéité à la porosité, de la bulle de bien-être à l’enveloppe de souffrance, chaque enveloppe porte les traces de l’histoire de l’individu, du groupe, de l’institution ou de la société qui la porte et se différencie des fonctions simplement pare-excitantes, filtrantes ou élaboratives.

Par ailleurs, les conceptions contemporaines des prises en charge psychothérapiques, prenant en compte, dans leur processus même, l’aspect transformationnel et co-construit du soin (Levine, 2013), ne conduisent-elles pas à interroger les imbrications et les enchevêtrements des niveaux individuels, groupaux, institutionnels et environnementaux, auxquelles la notion d’enveloppe peut amener des éléments de compréhension ?

Ainsi, le processus même d’enveloppement est à interroger dans son organisation car il est lui-même en résonance avec ce que l’enveloppe recouvre et le milieu dans lequel elle se déplie.

Ainsi, nous avons choisi de consacrer ce numéro « EnveloppeS » à questionner, articuler et mettre en tension les apports de différentes écoles comme le neurocognitivisme (sensorialité, perception), le développementalisme, celle de l’attachement, de l’interaction, du behaviorisme, de la culture, de l’économie, qui semblent si éloignés de la conception psychanalytique d’enveloppe psychique. Comment articuler le concept d’enveloppe psychique avec les apports de la génétique et de l’épigénétique ? Dans la pratique analytique, que devient la dimension transférentielle à une époque où les psychothérapies se pensent de plus en plus selon un modèle intersubjectif ? Comment concevoir le rôle spécifique des enveloppes dans les interactions humaines ? Comment penser dans l’économie du soin contemporain les enveloppes de soins psychiques et somatiques ?

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Anzieu, D. (dir.) (1987). Les enveloppes psychiques (2e éd. : 2000). Dunod.

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Anzieu, D. (1986). Cadre psychanalytique et enveloppes psychiques. Journal de psychanalyse de l'enfant, 2, 12-2.

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Boutinaud, J. (2017). Comment le corps vient à l’enfant ? Quelques enjeux autour des représentations corporelles au cours du développement. La psychiatrie de l'enfant, 60(1), 145-166.

Ciccone, A. (2001). Enveloppe psychique et fonction contenante : modèles et pratiques. Cahiers de psychologie clinique, 17(2), 81-102. 

Ciccone, A. (1998). L’observation clinique. Dunod.

Golse, B. et Guerra, V. (2019). Le bébé, la sensorialité et la créativité. Presses Universitaires de France.

Golse, B. et Missonnier, S. (2021). Le Fœtus/Bébé au regard de la psychanalyse.  Presses Universitaires de France.

Hatwell, Y., Streri, A., Gentaz, É. (2000). Toucher pour connaître : Psychologie cognitive de la perception tactile manuelle. Presses Universitaires de France.

Houzel, D. (1987). “Le concept d’enveloppe psychique,” in Les Enveloppes Psychiques, ed D. Anzieu (Paris: Dunod), 23–54. English Trans. Anzieu, D (ed.) (1990). Psychic Envelopes. London: Karnac Books.

Houzel, D. (2005). Le Concept d’Enveloppe Psychique. Paris: In Press.

Kaës, R. (2013). L'extension de la psychanalyse : Introduction à quelques problèmes épistémologiques. Cahiers de psychologie clinique, 40(1), 47-69.

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Lamotte, L., Malka, J. et Duverger, P. (2009). Apport de la théorie des enveloppes psychiques à la compréhension des conduites de scarifications à l’adolescence. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 57(2), 146-153.

Mellier, D. (2012). Contenances et transformation des enveloppes psychiques chez le bébé. J. Psychanalyse L’enfant 2, 435–467. doi: 10.3917/jpe.004.0435

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Levine, H, B (2013). Unrepresented States and the Construction of Meaning : Clinical and Theorical Contributions, Routledge.

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Streri, A. (1991). Voir, atteindre, toucher : Les relations entre la vision et le toucher chez le bébé. Presses Universitaires de France.

Vollon, C. et Gimenez, G. (2015). Enveloppe psychique et Moi-peau dans la prise en charge groupale de patients psychotiques. Psychothérapies, 36(4), 259-265.

Zalc, B. et Rosier, F. (2016). La myéline : Le turbo du cerveau. Odile Jacob.

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